Cette histoire commence par hasard. Un élu en charge de la communication, dans une commune du coin. On parle de tout, on parle de rien, et puis on parle de son site internet. Sorti il y a plus de dix ans. Toujours en ligne, toujours facturé chaque mois par l’agence d’origine.

Je sors mon téléphone. Je tape l’URL. Le site n’a jamais été pensé pour mobile. Pas de balise viewport. La moitié des règles d’accessibilité que toute commune française doit respecter depuis 2005 ne sont pas là. Pas de déclaration d’accessibilité non plus — pourtant obligatoire.

C’est moi qui l’ai expliqué à l’élu. Pas son agence.

Où est le conseil dans tout ça ?

C’est la question qui sert de fil à cet article. Pas une liste froide de critères à cocher : une grille pour repérer une agence qui va vous conseiller — pas seulement vous facturer chaque mois.

1. Connaissez-vous les obligations légales d’accessibilité qui s’appliquent à mon site, et que prévoyez-vous pour les respecter ?

La règle de base : qui contrôle qui paie. Et selon votre structure, l’autorité de contrôle et le risque financier ne sont pas les mêmes.

Si vous êtes une commune, un EPCI, un établissement public : vous êtes soumis au RGAA depuis la loi du 11 février 2005, précisée par le décret 2019-768. L’ARCOM contrôle depuis l’ordonnance de septembre 2023, et peut prononcer jusqu’à 50 000 € de sanction pour non-conformité, 25 000 € pour défaut de déclaration. Les premiers contrôles ont démarré en 2024.

Si vous êtes une PME du B2C (e-commerce, banque, transport, médias audiovisuels, télécoms, livres numériques) : depuis le 28 juin 2025, l’EAA — la directive européenne — s’applique dès que vous dépassez l’un de ces deux seuils : 10 salariés ou 2 millions d’euros de CA. C’est la DGCCRF qui contrôle. Si vous êtes une vraie TPE sous ces deux seuils, vous restez exemptée — mais ça reste une bonne pratique.

Si vous êtes une association : ça dépend du statut, des subventions perçues et de la mission de service public éventuelle. À regarder au cas par cas.

Une bonne agence sait dans quel cas vous êtes avant même de chiffrer. Elle inscrit le niveau de conformité visé dans le devis (pas « on fera au mieux »), prévoit un audit RGAA en début de projet, et livre la déclaration d’accessibilité signée, à publier en page d’accueil.

Réponses qui doivent vous mettre en alerte :

« Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout. » De quoi exactement ? Demandez les noms des livrables. Si la réponse reste floue, c’est qu’ils n’ont pas été pensés.

« WordPress est accessible nativement. » Faux. Aucun CMS ne l’est de naissance. C’est une question de mise en œuvre.

« On verra ça en phase 2. » Reprendre l’accessibilité après coup coûte plusieurs fois plus cher que de l’intégrer dès le départ. La phase 2 ne vient jamais.

« Les sanctions ne sont jamais appliquées. » C’était vrai jusqu’en 2023. Depuis que l’ARCOM contrôle, ça ne l’est plus. Et pour une commune, ses administrés en situation de handicap ne sont pas un risque juridique : ce sont des administrés.

Le site dont je parlais en intro a été refait, contenu existant repris, livré responsive, conforme, déclaration RGAA publiée. Le suivi technique et réglementaire fait partie du forfait — pas une option qu’on rajoute quand le décret change.

2. Qui va concrètement faire le travail, et avec qui je serai en contact ?

Question banale en apparence. Sauf qu’elle révèle souvent un écart entre la personne qui vous présente le projet et celle qui va coder.

Demandez des prénoms. Qui fait quoi, qui est votre interlocuteur principal, qui décroche quand vous appelez. Si une partie du travail part chez un partenaire — illustration, traduction, développement offshore — qu’on vous le dise avant la signature, pas trois mois plus tard quand un bug remonte.

Trois réponses à interroger :

« Vous travaillerez avec notre équipe. » Avec qui exactement ? Demandez à les rencontrer avant de signer. Si l’agence refuse, c’est déjà une réponse.

« Nous avons un partenaire à l’étranger pour le développement. » Pas un problème en soi. Mais demandez la langue de coordination, le décalage horaire, et qui relit les livrables côté France. Un bug remonté le vendredi soir qui attend lundi midi pour être lu, ça change la donne.

« C’est notre chef de projet qui est votre interlocuteur. » Et ce chef de projet, il connaît le RGAA ? Il sait lire du code ? Si non, vous avez un intermédiaire de plus entre vous et la décision technique.

Chez Lab118, il n’y a pas de sous-traitance. Du premier rendez-vous à la livraison, c’est moi. Conception, développement, mise en ligne, suivi. Quand vous appelez, vous parlez à la personne qui a écrit le code.

3. À qui appartient le code, le domaine, les comptes — et les données ?

Cette question paraît administrative. C’est en réalité celle qui détermine si vous êtes libre, ou si vous restez liés à un prestataire pour les dix prochaines années.

Le test est simple : si demain vous voulez confier le suivi à quelqu’un d’autre, est-ce possible en quelques jours, ou faut-il tout refaire ?

Trois pièges classiques :

Le CMS maison. « On utilise notre propre CMS, c’est notre méthode. » C’est le verrou parfait. Le jour où vous voulez changer de prestataire, vous devez tout reconstruire. Demandez s’il existe une voie de migration vers une plateforme standard (WordPress, Astro, Strapi…). Si la réponse est non, vous savez à quoi vous engager.

Le domaine au nom de l’agence. « On s’occupe du nom de domaine pour vous. » OK, mais à quel nom est-il enregistré ? Si c’est celui de l’agence, vous ne le possédez pas — vous le louez. Le jour où la relation se tend, le domaine peut devenir un levier de négociation. C’est arrivé.

Les données ailleurs qu’en Europe. Souvent oublié, et pourtant central. Pour une commune ou une asso qui collecte de l’information sur ses administrés ou ses adhérents (formulaires de contact, newsletters, dossiers en ligne), l’hébergement européen et la conformité RGPD ne se négocient pas. Demandez où sont les serveurs, où sont les sauvegardes, et qui a accès aux logs.

Ma règle, écrite dans chaque devis : code livré, domaine à votre nom, comptes à votre nom, hébergement européen. Vous êtes libre de partir à tout moment — et c’est précisément ce qui fait qu’on reste.

4. Quelle est votre méthode de chiffrage — forfait, régie, abonnement ?

Trois modèles, trois logiques, trois manières de partager le risque.

ModèleLogiqueQuand c’est adapté
ForfaitPrix fixe pour un périmètre défini. Le risque est côté agence.Site dont le périmètre est clair en amont.
RégieVous payez les heures réellement passées. Le risque est côté client.Projets exploratoires, R&D, prototypes.
AbonnementVous payez tant que vous utilisez. Le risque dépend du contrat.Service réellement récurrent, sinon piège.

Posez les bonnes questions pour chaque modèle. Pour un forfait : qu’est-ce qui déclenche un avenant, et à quel tarif ? Pour de la régie : quel tarif journalier, et comment êtes-vous prévenu quand le compteur tourne ? Pour un abonnement : vous l’arrêtez quand, et qu’est-ce qui vous reste quand vous arrêtez ?

Cette dernière question est la plus importante. Un abonnement web qui se prolonge dix ans sur un site qui ne bouge plus, c’est de la location déguisée. La commune dont je parlais en introduction payait depuis plus de dix ans. Aucune évolution sur la même période. Personne ne lui a jamais expliqué qu’elle aurait pu acheter son site.

Mon modèle, à titre de comparaison : forfait pour le projet, ce qui est inclus écrit noir sur blanc. Forfait évolution selon les besoins ultérieurs. L’abonnement uniquement pour ce qui est vraiment récurrent — hébergement, domaine, maintenance technique, suivi réglementaire, reporting d’usage. Pas de mensualité fantôme.

5. Comment se passe la maintenance après livraison — et à quel coût récurrent ?

Un site web n’est pas un produit fini. C’est un objet vivant qui doit suivre trois courbes en même temps : les évolutions techniques (navigateurs, performance, sécurité), les évolutions réglementaires (RGAA, RGPD, EAA), et les évolutions de votre activité. Une agence qui ne vous parle pas de la suite n’a pas pensé à la suite.

Ce que doit clairement préciser une proposition sérieuse :

— Ce qui est dans l’abonnement de base : hébergement, nom de domaine, sauvegardes, mises à jour de sécurité, suivi technique courant.

— Ce qui est facturé à part : évolutions, ajouts de pages, refonte partielle, créations de contenu.

— Le coût mensuel ou annuel précis, la durée minimale d’engagement, les conditions de résiliation.

Quelques réponses qui doivent vous interpeller :

« L’hébergement et le domaine sont offerts. » Rien n’est offert. C’est budgétisé ailleurs dans le devis, ou inclus dans un abonnement. Demandez où.

« On vous laisse tranquille après la livraison. » Vendable pour une asso à budget serré, mais qui répond quand le site tombe en panne dans six mois ? Qui renouvelle le domaine ? Qui applique le patch de sécurité de WordPress ?

Et le SEO dans tout ça ? La maintenance ne se limite pas au technique. Un site qui n’évolue plus perd en visibilité, les algorithmes bougent, les bonnes pratiques de référencement évoluent. Demandez si un minimum de suivi SEO (balisage structuré, performance, mots-clés) est inclus, ou si c’est une prestation à part. La réponse est rarement « gratuit », mais elle doit exister.

C’est ce qui fait qu’un site reste utile dans cinq ans, ou qu’il devient le problème de votre successeur.

6. Utilisez-vous l’intelligence artificielle dans votre process — et qu’est-ce que ça change pour mon devis ?

Question récente. Inconfortable pour beaucoup d’agences. C’est précisément pour ça qu’elle vaut la peine d’être posée.

Une bonne réponse vous dit honnêtement où l’IA intervient — et où elle n’intervient pas. Génération de code pour les parties répétitives ? Rédaction assistée ? Débogage accéléré ? Veille réglementaire ? Chaque usage a ses zones de validité et ses limites. Une agence qui maîtrise son outil sait dire ce qu’elle laisse faire à la machine, et ce qu’elle relit, teste, signe elle-même.

Concrètement, l’IA bien utilisée permet trois choses : des délais plus courts (semaines au lieu de mois pour un site institutionnel), des tarifs accessibles aux structures à budget contraint, et plus de temps consacré à ce qui compte vraiment — l’écoute du besoin, le design, l’accessibilité.

Méfiez-vous des deux postures extrêmes.

« Nous n’utilisons pas d’IA, c’est artisanal. » Honorable, mais attendez-vous à des délais et tarifs plus élevés. Demandez aussi comment l’agence reste à jour sur les évolutions techniques et réglementaires sans outil d’analyse continue.

« Tout est généré par IA, on est en avance. » Danger inverse. Une IA non supervisée produit du code défaillant, des contenus approximatifs, des erreurs réglementaires. Demandez ce qui est relu, testé, validé par un humain — sur la conformité, sur le responsive, sur la déclaration d’accessibilité signée.

Comment je travaille, concrètement. L’IA est dans mon process tous les jours : génération de code, rédaction et reformulation, vérification de la conformité, accélération du débogage. Mais elle ne décide pas. Chaque livrable est relu, testé, ajusté. L’audit RGAA est vérifié à la main. Le responsive est testé sur appareil réel — pas dans un émulateur. La déclaration d’accessibilité, je la rédige et je la signe.

Le site refait en quelques jours, c’est ça. Pas un site bâclé : un site dont le périmètre était clair, le contenu existant, et la méthode rodée. La rapidité ne vient pas en sacrifiant la qualité. Elle vient en supprimant ce qui ne sert pas. Le reste prend le temps qu’il faut.

7. Vous avez déjà travaillé pour des structures comme la mienne, et avec quels résultats ?

Question raisonnable. Et plus encore quand vous êtes une asso, une commune, une PME : votre secteur a ses codes, ses contraintes, son public. Une agence qui ne les connaît pas va vous facturer le temps qu’elle met à les apprendre.

Une bonne agence fait deux choses. Elle cite des cas concrets, même sans pouvoir donner tous les noms si la confidentialité l’impose. Et elle vous propose, à un moment ou à un autre, une preuve tangible de sa manière de travailler — un audit, une démonstration, un appel avec un ancien client.

Trois réponses à interroger :

« Nous avons fait des dizaines de sites pour des mairies. » Bien. Demandez à en voir trois, choisis par vous. Allez les regarder. Sont-ils accessibles ? Lisibles sur mobile ? Récents ? Si la réponse est non sur deux des trois, le volume de références ne dit rien sur la qualité du dernier livré.

« Notre portfolio est sur notre site. » Allez le voir, et demandez-vous si les sites présentés ressemblent à ce que vous voulez. S’ils sont tous structurés pareil, c’est qu’on vous vendra peut-être la même chose. Ce n’est pas forcément mauvais, c’est juste à savoir.

« Confidentialité, on ne peut pas montrer. » Possible. Mais demandez au moins le type de structures, le périmètre des projets, et surtout quelque chose de concret qui démontre la méthode — un extrait de cahier des charges anonymisé, un audit caviardé, un témoignage écrit.

Mon approche est différente, et je l’assume. Je ne mise pas sur un portfolio massif. Je n’en ai pas, et je ne veux pas en inventer un. Ce que je propose à la place : un audit écrit de votre situation, livré sous 48 heures. Que vous travailliez avec moi ensuite ou non, vous repartez avec un document exploitable — état d’accessibilité, points de vigilance technique, recommandations concrètes. La méthode se prouve sur votre cas, pas dans une galerie de captures d’écran.

En conclusion

Un site web ne s’achète pas au mètre. C’est un outil qui doit servir votre structure pendant cinq, sept, dix ans. Et pendant tout ce temps, vous êtes lié à l’agence qui l’a fait — à ses choix, à sa méthode, à son sérieux.

Les sept questions de cet article ne sont pas des pièges. Ce sont des ouvertures de conversation. Si l’agence en face vous donne des réponses claires, vous avez probablement trouvé. Si elle se dérobe sur trois ou quatre, vous avez surtout évité un mauvais choix.

Vous préparez un appel d’offres, un cahier des charges, ou une simple consultation ? Testez ces questions sur les agences que vous rencontrez. Et si vous voulez aussi les tester sur moi, l’audit 48 heures est ouvert : vous m’envoyez l’URL de votre site actuel ou votre brief, je vous renvoie un document exploitable sous deux jours ouvrés. Sans engagement, sans abonnement, sans CMS maison.